Pour une autre définition de la progression

Il semble être communément admis que progresser, dans le domaine sportif, signifie aller plus vite ou porter plus lourd.
Derrière cet objectif non questionné, il y a aussi des moyens qui ne sont pas remis en cause. Pour atteindre cette fameuse performance, la recette semble toujours la même : la difficulté, le dépassement de soi et, bien souvent, l'absence de plaisir (en tout cas au moment où l'effort physique est fourni).
Aussi bien en tant que pratiquante qu'en tant que coach sportive, j'ai pu constater un certain nombre de problèmes engendrés par cette vision de l'entraînement.
Le piège de la performance binaire
La définition classique du progrès est un peu enfermante, un peu rigide. Être constamment dans ce rapport de force avec son sport — et notamment ici avec la course à pied — invite le pratiquant ou la pratiquante à sans cesse se challenger.
Il est ainsi entendu que chaque séance comporte un enjeu :
- Celui du temps à dépasser (ou à minima à respecter),
- Celui du rythme à maintenir,
- Celui de la vitesse à honorer.
L'inverse de la progression devient alors la régression. De fait, on juge de façon binaire si l'on a "réussi" ou "raté" sa sortie. Ne serait-ce pas là une source de stress importante que l'on s'impose à chaque fois que l'on enfile ses baskets ?
Quand le stress l'emporte sur la santé
Amener de l'appréhension vis-à-vis de sa propre performance, n'est-ce pas l'inverse de ce que l'on devrait rechercher ? Si l'on veut inscrire le sport dans la régularité, le premier critère à surveiller devrait être la protection de la santé physique et psychique.
Or, lorsque l'on cherche à "progresser" de façon continue selon la définition traditionnelle, l'esprit et le corps se retrouvent en situation de stress permanent. L'accumulation de ces deux tensions (le stress psychique et le stress biomécanique) amène quasi systématiquement à deux conséquences :
- Le dégoût de la pratique, car celle-ci devient une source d'anxiété.
- La blessure, bien plus courante que ce que l'on pense, en particulier en course à pied.
Une nouvelle philosophie de la course à pied
Alors, que fait-on ? Et si l'on tentait une autre définition de la progression ?
Pour ma part, après m'être blessée à plusieurs reprises et m'être détournée de ce sport pour lequel je ne semblais pas être faite, j'ai décidé de redéfinir la progression en running.
Aujourd'hui, je souhaite proposer une définition différente de ce que signifie "progresser" :
« Ressentir des sensations de plus en plus agréables ainsi qu'un sentiment de fluidité, de légèreté et de facilité croissante pour un même effort donné. C'est aussi ressentir cette envie, sans cesse renouvelée, de retourner courir la fois suivante. »
Et si on changeait de regard ?
En adoptant cette vision, le chronomètre n'est plus le maître du jeu. La réussite d'une séance ne se mesure plus en kilomètres par heure, mais en bien-être accumulé. Progresser, c'est apprendre à écouter son corps, à respecter son rythme et à finir sa séance avec le sourire, en ayant déjà hâte à la prochaine.
Pour votre prochaine sortie, je vous invite à laisser de côté les statistiques de votre montre connectée. Concentrez-vous uniquement sur vos sensations, votre respiration, et le plaisir d'être là, en mouvement. C'est précisément cette philosophie que nous faisons vivre au sein des Tortues du Médoc : courir lentement, d'accord, mais courir heureux et pour longtemps !
Lila Chibane,
Fondatrice des Tortues du Médoc